Je vous présente ici plusieurs séries de mon travail.
Chaque projet possède sa propre identité, ses matières, ses formes et ses questionnements.
À travers ces créations, j’explore les liens entre le vivant, le temps, les traces et les transformations de la matière.

Impermanence de l’Univers



Le concept créatif part d’une évidence simple, il n’existe rien de stable de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Le changement est source de souffrance…

J’ai imaginé ces objets, vus de l’extérieur comme un assemblage de morceaux de terre marqués par des traces de la nature et humaines, ( bois, végétaux, tissus, cailloux….pâtinés d’oxydes naturels), sans âge, parfois fracturés, réparés. Ils sont montés avec des petites boulettes d’argile lentement en équilibre ( argile naturelle extraite à St Amand en 

Puisay). Le choix du grès, ( température de cuisson 1280), peut paraître anachronique car il est un marqueur chronologique archéologique ( apparaît au début du 16e). Ce choix est assumé pour créer l’illusion du temps infini (les tessons d’argile sont les restes d’activité humaine les plus nombreux dans la plupart des couches archéologiques après la préhistoire). Les formes sont pour certaines très fines et subiront des éclatements de séchage et de cuisson. Là se trouve l’illusion, l’objet n’a pas était âbimé par une activité humaine mais par des éléments naturels aléatoires provoqués. Je restaure ensuite ces pièces comme des objets archéologiques, pour créer l’histoire de l’objet auquel on s’attache, infiniment vieux et rassurants ( importance du touché et de saisir l’objet comme un enfant).

Tout attachement aux objets perçus est source de souffrance car non permanents.

L’appaisement se trouve t-il à l’intérieur?

Le fond interne des formes, évoque l’infiniment grand, d’une formation cosmique ( mouvements rapides de l’encre noire chargée d’oxydes divers sur fond de porcelaine qui réagira avec des émaux de ma composition à base de cendre pour créer des éruptions, des nébuleuses…). L’illusion d’un univers stable et rassurant est contrecarrer par la vitesse d’exécution du dessin et des réactions thermiques dans le four.

Les coupes restaurées ( comblement des déchirures intentionnelles) évoquent à l’intérieur, une restauration à la japonnaise d’un kitsugi, par un aplat d’or. Le principe évoque ici la transformation d’un objet du quotidien transmis de génération en génération, en objet d’art. Ici j’emploi cet artifice pour exprimer la réparation d’une souffrance, le point de départ d’une transformation personnelle, sortir de l’illusion: qu’est qui relie toute notre histoire de l’infiniment petit à l’infiniment grand? La même force vitale, être maintenant.

Figures en transformation



Cette série de bustes explore le corps comme un lieu de passage, traversé par les éléments.
L’eau, le feu, la terre n’y sont pas représentés comme des motifs, mais comme des forces en mouvement, des états qui modifient la forme, la surface, la présence.

Modelées en grès, travaillées aux engobes, les figures gardent les traces du geste, des tensions, des effacements et des réactions de la matière. Le buste devient des territoires fragiles, parfois silencieux, où l’humain semble se former, se défaire, puis se recomposer.

Chaque pièce cherche un équilibre instable entre apparition et transformation. Le corps n’est plus seulement une figure : il devient matière vivante, mémoire des éléments, métamorphose en cours.

Toit contre toit



Toit contre toit prend la forme d’une installation narrative, comme une chanson populaire mise en scène dans l’espace, à la manière d’une bande dessinée.

Les personnages avancent dans une course sans fin. Au fil de l’histoire, la violence et l’empathie circulent, se déplacent, basculent d’un corps à l’autre : du lapin au chasseur, du chasseur au lapin, dans un mouvement perpétuel où chacun devient tour à tour poursuivi et poursuivant.

Les sculptures reprennent la forme des épis de faîtage, ces éléments de toiture à la fois protecteurs et symboliques, qui marquent l’habitation et expriment quelque chose de son caractère ou de celui de son propriétaire.

Ici, le lapin est modelé comme une sculpture, tandis que le chasseur naît d’un assemblage de formes tournées. Deux figures, deux techniques, deux manières de faire face : la matière devient le lieu même de l’affrontement.

Incertain soleil



Incertain soleil met en présence deux mondes sous une même lumière.

D’un côté, le soleil semble léger, presque désinvolte, offert à ceux qui en profitent. De l’autre, il devient brûlant, instable, traversé par l’attente, la peur et l’épuisement du migrant.

Les sculptures sont installées sur une ancienne planche de teck, peut-être issue d’un naufrage. La planche tient en équilibre, mais peut basculer d’un instant à l’autre. Elle devient à la fois sol, frontière, radeau fragile, ligne incertaine entre l’insouciance et la survie.

Le migrant apparaît alors comme une figure exposée : exposée au soleil, au regard, au déséquilibre du monde. Face à lui, les autres corps semblent habiter une lumière plus simple, presque indifférente.

Réalisées en porcelaine brute, les sculptures portent les traces directes de la matière. La peinture aux oxydes marque les surfaces, tandis que les émaux transparents appliqués aux figures des migrants laissent apparaître une fragilité, une lumière retenue, comme une peau traversée.

Bleu nature



Bleu Nature naît d’une fascination ancienne pour la lumière méditerranéenne, l’intensité des couleurs, l’alliance du bleu profond et du blanc éclatant.

Après plus de vingt ans d’absence, les Îles Ioniennes deviennent à nouveau un lieu de paix, de lumière et de création. Sur l’île de Paxos, des installations éphémères prennent place au creux des troncs d’oliviers. Les galets blancs de l’île, dessinés, peints ou gravés, y sont exposés comme des offrandes confiées à l’arbre, presque destinées à s’y oublier ou à disparaître.

Sur ces pierres d’un blanc pur apparaissent des figures féminines, liées à la fertilité de la nature. La grenade y devient un signe du féminin, du vivant, de ce qui contient, protège et transmet.

Entre Poséidon et Athéna, entre la pierre venue de la mer et l’olivier enraciné dans la terre, se crée un dialogue silencieux. Le galet, monde minéral et marin, rencontre le creux de l’arbre, lieu de mémoire, de force et de fécondité.

L’installation devient alors un hommage à la terre mère, au féminin sacré, à cette force fertile qui circule entre l’eau, l’arbre, le fruit et la pierre.

De retour à l’atelier, le geste se prolonge autrement. Certains galets rapportés de Paxos sont déposés dans les creux de troncs imaginaires en grès. L’installation éphémère devient sculpture, comme une mémoire du paysage méditerranéen recomposée dans la matière.

Ω Mata



Ω Mata est un hommage à la Terre Mère, à la nature féconde mais blessée, au féminin comme force de vie, de présence et de réparation.

Dans le plat, l’empreinte du carton évoque un arbre disparu, une trace pauvre et fragile laissée par ce qui n’est plus là. La surface garde la mémoire d’une nature mise à mal, traversée par des fractures apparues lors de la cuisson, comme si la matière elle-même révélait une souffrance intérieure.

Ces blessures sont ensuite réparées à l’or, selon l’esprit du kintsugi, cet art japonais qui ne cache pas les fractures mais les transforme. La faille devient ligne précieuse, passage lumineux, réparation visible d’un corps ou d’un monde abîmé.

Dans les sculptures Terre Mère et Vierge bleue, ce même geste se prolonge autrement. Le grès blanc, l’engobe de porcelaine et l’émail mat donnent aux figures une présence silencieuse, presque sacrée. Au dos, le kintsugi rappelle que la beauté ne vient pas de l’absence de blessure, mais de ce qui peut renaître à partir d’elle.

Bleu Majorelle



Bleu Majorelle évoque l’Afrique du Nord, ses lumières profondes, ses étoffes, ses couleurs et la présence silencieuse des femmes qui ont inspiré de nombreux artistes et créateurs.

À travers les figures de Medjoul et Nour, la série rend hommage à ces femmes à la fois réelles et symboliques, porteuses de force, d’élégance et de mystère. Les corps en grès chocolat dialoguent avec la blancheur de l’engobe de porcelaine, tandis que l’or vient souligner les sarouels comme des tissus précieux.

Le bleu Majorelle, associé à Marrakech, traverse l’ensemble comme une mémoire lumineuse. Il évoque à la fois l’intensité d’un lieu, la richesse des matières, et l’univers d’Yves Saint Laurent, où le vêtement, la couleur et le corps deviennent langage.

Et si on échangeait ?

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